N’être rien

richard-iii,M236697
Images issues du Richard III de Thomas Ostermeier

 

 

 » Je me suis évertué à égaler au monde la prison où je vis, mais comme le monde est populeux et que je suis ici la seule âme qui vive, j’y échoue; et pourtant cette égalité, je la ferai jaillir de force. Je prouverai que ma cervelle est la femelle de mon esprit, ledit esprit le père, et qu’à eux deux ils procréent toute une génération de pensées pullulantes: et ces mêmes pensées peupleront ce petit monde, pareilles pour les humeurs à la gent qui peuple le monde; car nulle pensée ne trouve en soi sa plénitude: les meilleures d’entre elles, celles-là, disons qui embrassent les choses divines, sont emmêlées de doutes et dressent le Verbe même contre le Verbe, opposent par exemple: « Laissez venir à moi les petits enfants » à cet autre passage: « Il est aussi malaisé d’advenir au Royaume des Cieux, qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.»

Quant aux pensées nourries d’ambition, elles complotent d’impossibles prodiges, comme de prétendre, à l’aide de ces pauvres ongles sans force, se frayer un passage à travers les flancs rocheux de ce dur monde, les murs bourrus de ma prison, et, n’y parvenant point, meurent dans leur orgueil.

Celles qui visent à la sérénité persuadent les hommes qu’ils ne sont pas les premiers galériens de la fortune, ni n’en seront les derniers, comme ces malheureux au pilori, qui offrent niaisement ce refuge à leur honte que beaucoup y ont été, que d’autres encore y viendront, et trouvent dans cette pensée une manière de soulas, du fait qu’ils mettent leurs propres infortunes sur le dos de leurs prédécesseurs en ladite peine.

Je joue ainsi à moi tout seul maints personnages dont aucun n’est content: quelquefois je suis roi, alors des trahisons me font souhaiter d’être un mendiant, et mendiant me voilà; sur quoi l’accablement de la misère me persuade que j’étais mieux quand j’étais roi; et roi je redeviens, pour bientôt m’aviser que Bolingbroke me détrône, et retomber à rien…

Mais quoi que je puisse être, ni moi-même ni aucun homme qui n’est qu’homme ne saurions trouver contentement en rien, hormis dans le soulagement même de n’être rien… »

( Shakespeare, Richard II, cité par Zizek, Lacan & ses partenaires silencieux, Nous, 2012, p.22 )

richard-iii,M236693

Un petit texte sur la destitution subjective, étape incontournable de la passe en psychanalyse…

  • Le sujet hystérique est le sujet dont l’existence même suscite un doute et un questionnement radicaux, son être entier est soutenu par l’incertitude de ce qu’il est pour l’Autre; dans la mesure où le sujet existe uniquement en tant que réponse à l’énigme du désir de l’Autre, le sujet hystérique est le sujet par excellence.

Contrairement à lui, l’analyste représente le paradoxe du sujet désubjectivisé, du sujet qui assume entièrement ce que Lacan appelle  » la destitution subjective », c’est -à-dire qui échappe au cercle vicieux de la dialectique intersubjective du désir, le sujet devient un être acéphale de pure pulsion.

Pour illustrer cette destitution subjective, Richard II de Shakespeare nous réserve une surprise: non seulement la pièce met en scène l’hystérisation progressive du malheureux roi, mais à l’apogée de son désespoir, avant sa mort, Richard met en œuvre un autre déplacement de son statut subjectif qui équivaut à une destitution subjective.

Christian Dubuis-Santini

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s