La dérive mystérieuse

Blanchot

 

« Qu’est-ce que cette fuite?

Le mot est mal choisi pour plaire. Le courage est pourtant d’accepter de fuir plutôt que de vivre quiètement et hypocritement en de faux refuges. Les valeurs, les morales, les patries, les religions et les certitudes privées que notre vanité et notre complaisance à nous-mêmes nous octroient généreusement, ont autant de séjours trompeurs que le monde aménage pour ceux qui pensent se tenir ainsi debout et au repos, parmi les choses stables. Ils ne savent rien de cette immense déroute où ils s’en vont, ignorants d’eux-mêmes, dans le bourdonnement monotone de leurs pas toujours plus rapides qui les portent impersonnellement par un grand mouvement immobile. Fuite devant la fuite. Soit un de ces hommes qui, ayant eu la révélation de la dérive mystérieuse, ne supportent plus de vivre dans les faux semblants du séjour. D’abord, il essaie de prendre ce mouvement à son compte. Il voudrait s’éloigner personnellement. Il vit en marge. Mais c’est peut-être cela, la chute, qu’elle ne puisse plus être un destin personnel, mais le sort de chacun en tous. »

A cet égard, la première thèse de la schizo-analyse est: tout investissement est social, et de toute manière porte sur un champ social historique.

Maurice Blanchot, L’Amitié, Gallimard, 1971, cité par Deleuze et Guattari in L’Anti-Oedipe, introduction à la schizo-analyse, pages 412/413.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s