La folie perce

[…] la folie perce, sous les investissements réformistes, ou les investissements réactionnaires et fascistes, qui ne prennent une allure raisonnable qu’à la lueur du préconscient et qui animent l’étrange discours d’une organisation de la société. Même le langage est dément.

Ecoutez un ministre, un général, un chef d’entreprise,un technicien… Ecoutez la grande rumeur paranoïaque sous le discours de la raison qui parle pour les autres, au nom des muets.

C’est que, sous les buts et les intérêts préconscients invoqués, se dresse un investissement autrement inconscient qui porte sur un corps plein pour lui-même, indépendamment de tout but, sur un degré de développement pour lui-même, indépendamment de toute raison: ce degré-là et pas un autre, ne faites pas un pas de plus, ce socius-là et pas un autre, n’y touchez pas.

Un amour désintéressé de la machine molaire, une véritable jouissance, avec ce qu’elle comporte de haine pour ceux qui ne s’y soumettent pas: toute la libido est en jeu.

Du point de vue de l’investissement libidinal, on voit bien qu’il y a peu de différences entre un réformiste, un fasciste, parfois même certains révolutionnaires, qui ne se distinguent que de façon préconsciente, mais dont les investissements inconscients sont du même type, même quand ils n’épousent pas le même corps.

[…] Les machines sociales comme machines d’assujettissement suscitent d’incomparables amours, qui ne s’expliquent pas par l’intérêt, puisque les intérêts en découlent au contraire. Au fond de la société, le délire, car le délire est l’investissement du socius en tant que tel, par delà les buts.

Et ce n’est pas seulement au corps du despote que le paranoïaque aspire d’amour, mais au corps du capital-argent, ou à un nouveau corps révolutionnaire du moment qu’il est forme de puissance et de grégarité. Etre possédé par lui autant que le posséder, machiner les groupes assujettis dont on est soi-même pièces et rouages, s’introduire soi-même dans la machine pour y connaître enfin la jouissance des mécanismes qui broient le désir.

Gilles Deuleuze & Félix Guattari – L’Anti-Oedipe – Introduction à la Schizo-analyse – pages 440/441

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