“La femme n’existe pas”

Portrait_de_Jacques_Lacan

 

Déni flagrant de la réalité ? Attaque à caractère machiste ? Rejet de l’idée d’une essence de la femme ? Assurément, la troisième piste est la bonne. Énoncée au début des années 1970, dans un contexte marqué par l’essor des mouvements féministes, la formule de Jacques Lacan condense ses réflexions psychanalytiques sur la différence des sexes.

Pour comprendre sa position développée dans les livres XVIII et XX de son Séminaire (D’un discours qui ne serait pas du semblant et Encore), il faut revenir à Freud, selon lequel « l’anatomie, c’est le destin ». Le fondateur de la psychanalyse pense que l’organisation psychique des individus est déterminée par leur sexe biologique – garçon ou fille. Lacan, lui, cherche à s’émanciper de ce modèle naturaliste : l’identité sexuelle n’est pas tant le fruit de l’anatomie que le produit de mécanismes inconscients d’identification.
En d’autres termes, tout être se constitue en s’orientant soit vers le pôle masculin, soit vers le pôle féminin, au terme d’un processus auquel le psychanalyste français donne le nom de « sexuation ». Il s’agit d’adopter un rôle qui a son fondement dans l’ordre du langage. De ce point de vue, la différence entre les « signifiants » homme et femme est radicale. Le concept clé qui rend compte de cette césure est le complexe de castration, lequel revêt une dimension symbolique et non réelle. Du côté homme, tous les membres sont sujets à la castration, en proie à l’angoisse d’être privés des attributs supposés de la virilité. Tous sauf un, le Père qui, en psychanalyse, incarne le fantasme d’une possession exclusive des femmes et représente la loi. Soustrait à la castration, il est l’exception qui fonde la règle applicable à la sexuation des hommes. Or, du côté femme, il n’y a pas d’exception analogue : aucune femme n’est pas castrée… et aucune ne l’est, d’ailleurs ! Par conséquent, on ne trouve pas de caractérisation inconsciente suffisamment englobante pour pouvoir parler d’une essence générale de la femme.

C’est le sens de la phrase de Lacan, avec l’emploi de l’article défini censé désigner l’universel. Les femmes existent bel et bien, néanmoins elles sont toujours singulières et irréductiblement autres.
Accordant une importance décisive à la castration symbolique, cette thèse a le mérite de séparer les plans du biologique et du psychique, du sexe et de l’identité sexuelle. Cette distinction a aussi été mobilisée par les premiers théoriciens américains du genre (gender studies). En tant que concept, le genre renvoie au sentiment d’appartenance à une identité masculine ou féminine socialement construite, alors que le sexe demeure une spécificité anatomique. S’il n’a pas recours à cette notion, Lacan déploie à sa manière les enjeux qui la sous-tendent.

Ce n’est pas pour l’égalité des sexes qu’il faudrait militer, mais pour leur stricte équivalence.
« Équivalence », en mathématique, signifie qu’ils sont des uns, chacun hétérogène irrémédiablement, dont l’axiome de Lacan « Il n’y a pas de rapport sexuel », est la traduction.
Impossible d’écrire le rapport de leur jouissance spécifique.
Les formules de la sexuation, sont celles qui définissent que le choix de son « identité sexuée » par le sujet s’origine d’une « insondable décision de l’être », indépendamment, du sexe anatomique Impossible à « neutraliser ».
La question qui se pose dès lors est celle-ci :
Le choix pour un mâle (« sinthome-il ») d’une identité « femme », comporte-il qu’il ait accès à la « jouissance féminine », celle qui s’éprouve de tout le corps mais sans le savoir, au-delà du Phallus ?
On peut faire l’hypothèse que oui, mais comment en rendre compte.
Pour une femme, la question ne se pose pas, parce que pour elle (« sinthome-elle »), sa jouissance est double (« duelle »):
1) Phallique, liée à son organe clitoridien, comme elle l’est pour l’homme focalisée sur son organe de façon privilégiée, sans que l’on sache pourquoi il en est ainsi.
2) Au delà du Phallus et de la castration symbolique – « folle et énigmatique » (Lacan).

Christian Dupuis Santini

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