Antiphon, le déchagrineur

AntiphonAntiphon peut être considéré comme un des précurseurs de la psychanalyse. Il est l’inventeur d’une méthode d’interprétation des rêves ainsi que d’une thérapie de l’âme fondée sur le discours. Il prétendait guérir les maladies humaines par l’expression des sentiments par les mots, et l’interprétation rationaliste des rêves. Il se disait « déchagrineur »

Antiphon estimait que « chez tous les hommes, la pensée (gnomè) gouverne le corps pour la santé et la maladie et pour tout le reste. »

Théorie qu’on peut aujourd’hui retrouver dans l’effet placebo.

Concernant le thérapeute Antiphon, le pseudo-Plutarque nous dit (traduction Louis Gernet) :

« Au temps où il s’adonnait à la poésie, il institua un art de guérir les chagrins, analogue à celui que les médecins appliquent aux maladies : à Corinthe, près de l’agora, il disposa un local avec une enseigne où il se faisait fort de traiter la douleur morale au moyen de discours ; il s’enquérait des causes du chagrin et consolait ses malades. Mais, trouvant ce métier au-dessous de lui, il se tourna vers la rhétorique. »

Grâce à Lucien de Samosate, nous possédons le propos d’ouverture de son traité Sur l’art d’échapper à l’affliction :

« L’île des songes est proche de deux sanctuaires de Tromperie et de Vérité. C’est là que sur leur enceinte sacrée et leur oracle qu’elle domine l’interprète des rêves à qui Sommeil avait alloué ce privilège. »

— Histoire véritable II, 33.

antiphon

Dans le domaine strictement philosophique, Antiphon est un auteur original, mais méconnu.

Auteur d’un traité Sur la Vérité, un ouvrage Sur la Concorde, ainsi qu’un autre Sur la Politique, dont il ne reste rien que quelques fragments. Il s’est semble-t-il attaché à prendre une voie différente d’Aristote. Autant le stagirite affirmait la vérité ontologique de la forme dans la nature, autant Antiphon énonçait la supériorité de la Matière sur le Monde. Pour lui en effet la Matière constitue l’essence de la nature des êtres. Cette doctrine se caractérisait par le concept d’arrythmiston. À la même époque, les Atomistesutilisaient le mot grec de rythmos pour décrire les limites physiques des atomes.

L’arrytmiston est dans l’esprit d’Antiphon le substrat du monde « libre de structure ». Il utilisait pour illustrer sa théorie l’image du lit enterré d’après le témoignage d’Aristote : au livre I de son traité de la Vérité, Antiphon indiquait Si l’on enfouissait un lit et si le bois en se putréfiant donnait naissance à un rejeton vivant, on n’aurait pas un lit mais du bois.

L’essence du lit est végétal, son ordonnancement est un accident fait par l’homme. La vraie réalité est le support délié de toute structure, les figures particulières des choses ne sont que les agencements fugaces de l’opportunité du mouvement du Monde. Pour lui, le substrat libre de structure du Monde n’a besoin de rien, ni ne conçoit rien d’autre en plus, mais est indéterminé et sans manque. Même la notion de temps est à ses yeux à soustraire du substrat primordial du monde. Ainsi, il indiquait Le temps est pensée ou mesure, non le substrat des choses, théorie appliquée concrètement par notre philosophe dans la recherche de la résolution géométrique de la quadrature du cercle. La vision philosophique selon Antiphon de ce problème géométrique se retrouve dans sa tentative de la rectification géométrique de la courbe. La seule réalité étant alors l’homogénéité de l’espace, où se déploie cette courbure géométrique.

Antiphon met ses connaissances au service du peuple. Pour aller vers le bonheur, vers l’hédonisme libertaire, il prône une vie selon la Nature, il recommande d’aller à l’encontre des conventions sociales, idée qu’on retrouve également chez les Stoïciens, Diogène de Sinope, Aristippe de Cyrène et les Cyrénaïques.

Il recommande de tourner le dos aux richesses, aux honneurs et aux valeurs familiales car ces « fausses valeurs » éloignent du bonheur et de l’autonomie. Il veut privilégier l’être sur l’avoir.

« (Dans la vie) tout paraît petit et de courte durée. La vie, c’est un dé qu’on lance : on ne peut pas revenir en arrière. Il y a des gens qui ne vivent pas leur existence présente : ils mettent tout leur zèle à se préparer, pour ainsi dire, à vivre une autre vie qui n’est pas de ce monde ; en attendant, le temps file… »

Selon lui, pour vivre selon la Nature, pour se connaître soi-même, il faut connaitre les lois de la Nature. Cette connaissance ne peut passer que par la philosophie qui permet de comprendre les choses et ainsi de conjurer la peur et fabriquer de la rationalité et du plaisir.

Il est ainsi également un précurseur du concept de droit naturel que développeront plus tard Hobbes, Locke et Rousseau.

Antiphon, en grec ancien Ἀντιφῶν / Antiphôn (Rhamnos, Attique v.-480Athènes -410) est l’un des dix grands orateurs attiques. Ce sophiste hédoniste s’était spécialisé dans plusieurs domaines de la sagesse tels que le juridique, l’onirocrisie, la mantique, la thérapeutique par les mots, la rhétorique. Son fils Épigène est l’un des élèves de Socrate.

Plutôt que de me prétendre « psychanalyste » ( « Psychanalyste, je le dé-suis », disait Jacques Lacan) j’aime à devenir par mes patients leur « déchagrineur ».

 

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s