Qu’est-ce que la psychanalyse ?

Vogue 1953

« L’analyse, pour faire, non pas un miracle, mais le plein de ses possibilités, au lieu de rester en arrière. La cure comme rectification, pour libérer le sujet de sa séquestration, avec la possibilité d’une surprise réelle : soi »

Louis Althusser

La psychanalyse est un discours, ce « discours » – dans l’acception précise lacanienne du terme – à partir duquel l’homme dit de « raison » peut renouer conversation avec la folie, redécouvrant ainsi la dimension de vérité qui lui est inhérente.

Le Discours de l’Analyste n’est pas le discours tenu par des psychanalystes, (pas plus que le Discours du Capitaliste n’est le discours des capitalistes) ; pour l’écoute psychanalytique, ce n’est pas le sujet qui tient un discours, mais un Discours qui tient le sujet, le sujet entendu au sens lacanien (noté $) ne parle pas, ça parle de lui, et c’est par là qu’il s’appréhende…

Raison pour laquelle s’il y a bien un sujet de l’inconscient, il n’y a pas d’inconscient du sujet.

Lire ne demande pas de comprendre, et encore moins tout comprendre, tout de suite, il faut lire d’abord.

Ce qui s’appelle inconscient, chez Freud comme chez Lacan, c’est le Réel dont nous sommes affligés par le signifiant, ce qui implique que « l’inconscient est structuré comme un langage », c’est un savoir dysharmonique au corps, impossible à savoir intégralement.

La psychanalyse démontre que la confrontation au Réel, en tant qu’il est l’impossible à supporter, (impossible à dire et impossible à imaginer) requiert du sujet qu’il ait appris à se conduire en ses actions, c’est à dire : « savoir ce que je veux ; vouloir ce que je désire ».

Ce en quoi la psychanalyse, sans être une Weltansshauung ou vision du monde, s’assimile cependant à une « école de vie ».

Pour la psychanalyse, théorie et pratique ne s’opposent pas, la théorie naît de la pratique pour en éclairer les modalités concrètes, ce en quoi elle est dite « praxis », une méthode qui s’élabore dans l’après-coup.

L’analyse est chaque fois une aventure singulière qui se joue à deux.

C’est une expérience de la parole, la parole appelant une réponse, il n’y a pas de parole sans Autre.

“L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge :

C’est le chapitre censuré.

Mais la vérité peut être retrouvée ; le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs.

A savoir :

– dans les monuments : et ceci est mon corps, c’est-à-dire le noyau hystérique de la névrose où le symptôme hystérique montre la structure d’un langage et se déchiffre comme une inscription qui, une fois recueillie, peut sans perte grave être détruite ;

– dans les documents d’archives aussi : et ce sont les souvenirs de mon enfance, impénétrables aussi bien qu’eux, quand je n’en connais pas la provenance ;

– dans l’évolution sémantique : et ceci répond au stock et aux acceptions du vocabulaire qui m’est particulier, comme au style de ma vie et à mon caractère ;

– dans les traditions aussi, voire dans les légendes qui sous une forme héroïsée véhiculent mon histoire ;

– dans les traces, enfin, qu’en conservent inévitablement les distorsions, nécessitées par le raccord du chapitre adultéré dans les chapitres qui l’encadrent, et dont mon exégèse rétablira le sens.”

Jacques Lacan – Ecrits I, 1966

Ce que Freud a appelé « l’appareil psychique » nous convoque avec ses diverses instances, sa charge pulsionnelle, ses fantasmes, ses mécanismes propres ; cet appareil est « inobservable », non pas parce qu’il est profondément enfoui, mais parce qu’il est abstrait, et que seul l’appareillage du langage peut en rendre compte.

La psychanalyse produit une attitude qui consiste à refuser ce qui apparaît évident pour tous, qui suspend les déclarations générales et qui laisse place au sujet particulier pour articuler ce qu’il a à dire.

C’est une démarche qui s’élabore à partir de la rencontre, ce n’est donc pas un savoir extérieur qui s’applique, car le savoir émerge d’une relation intersubjective, il est l’effet de l’interaction, d’une certaine condition de la mise en paroles.

Le savoir est obtenu à partir du dire de celui qui choisit de dire ce qui l’affecte, c’est la condition exclusive de possibilité de cette approche.

Sa démarche implique par conséquent le chercheur.

Le transfert constitue un processus d’actualisation des désirs inconscients, une mise en acte de l’inconscient, il est à la fois le moteur de la relation analytique mais également, sur le versant imaginaire, une résistance ; le transfert est toujours en vérité celui de l’analyste.

La psychanalyse, ça ne s’apprend pas à l’université, il n’existe pas de formation des psychanalystes, seulement des formations de l’inconscient.

Je m’identifie dans le langage mais seulement à m’y perdre comme un objet.

Ce qui se réalise dans mon histoire n’est pas le passé défini de ce qui fut puisqu’il n’est plus, ni même le parfait de ce qui a été dans ce que je suis, mais le futur antérieur de ce que j’aurai été pour ce que je suis en train de devenir.

Jacques Lacan – Ecrits

Qu’est-ce que la science?
Chercher un chat noir dans une pièce sombre.

Qu’est-ce que la philosophie?
Chercher dans une pièce sombre un chat noir qui n’y est pas.

Qu’est-ce que le matérialisme dialectique?
Chercher dans une pièce sombre un chat noir qui n’y est pas et s’écrier: «ça y est, je l’ai!»

À la fameuse blague soviétique, nous pouvons désormais ajouter:

Qu’est-ce que la psychanalyse?
Arrêter de chercher dans une pièce sombre un chat noir qui n’y est pas, mais trouver à partir de la chaîne symbolique la logique qui pourrait relier l’énoncé «chat noir» avec le réel de ma position d’énonciation.

(Il y a bien sûr la version plus triviale, héritée de Courbet, qui consiste à dire que cette chatte noire n’est pas ma mère)…

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d’après Christian Dubuis Santini