L’inconscient, c’est le social

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La formule de Lacan « l’inconscient, c’est le social » laisse à entendre que le complexe d’Œdipe n’est pas seul à organiser notre subjectivité, remettant ainsi en cause à travers cet acte la clinique psychanalytique elle-même. L’une des conséquences que l’on peut en tirer est que la famille ne serait pas l’unique déterminant de notre destin comme sujet. Il apparaît donc que les psychanalystes ne devraient pas limiter leur responsabilité à la seule sphère familiale, mais également prendre en compte le domaine social, pour rendre compte de ce qui affecte le sujet divisé par le langage et sujet aux discours (du maître, de l’hystérique, de l’universitaire, de l’analyste et du capitaliste) noués au sujet selon un mode singulier, particulier et contingent, en tension vis-à-vis de l’universel, de l’ample et du nécessaire.

Ecologie Mentale

« Il y a une écologie des mauvaises idées, comme il y a une écologie des mauvaises herbes ».

C’est sur cette citation de Gergory Bateson (dans « Vers l’écologie de l’esprit ») que s’ouvre le livre de Félix Guattari. La planète Terre connait une période d’intenses transformations technico-scientifiques en contrepartie desquelles se trouvent engendrés des phénomènes de déséquilibres écologiques menaçant à terme, s’il n’y est porté remède, l’implantation de la vie sur sa surface. Parallèlement à ces bouleversements, les modes de vie humains, individuels et collectifs se détériorent : « l’altérité tend à perdre toute aspérité ». Dans le monde entier, ce sont des pans entiers de la subjectivité collective qui s’effondrent ou qui se recroquevillent sur des archaïsmes, comme c’est le cas, par exemple, avec l’exacerbation des phénomènes d’intégrismes religieux.

C’est pourquoi Félix Guattari est convaincu que l’écologie environnementale doit être pensée d’un seul tenant avec l’écologie sociale, et l’écologie mentale, à travers ce qu’il appelle une « écosophie » de caractère éthico-politique.

L’écosophie sociale consiste à développer des pratiques spécifiques tendant à modifier et à réinventer des façons d’être au sein du couple, de la famille, du contexte urbain, du travail etc… Il s’agit de reconstruire l’ensemble des modalités de l’être-en-groupe. De son côté, l’écosophie mentale doit être amenée à ré-inventer le rapport du sujet au corps, au fantasme, au temps qui passe, aux « mystères » de la vie et de la mort.

« Quelle place, par exemple, donner aux fantasmes d’agression, de meurtre, de viol, de racisme dans le monde de l’enfance et l’adultéité régressive ? Plutôt que de mettre inlassablement en oeuvre des procédures de censure, au nom de grands principes moraux, ne convient-il pas de promouvoir une véritable écologie du fantasme, portant sur des transferts, des translations, des reconversions, de leur matières d’expression ? Il est nécessaire que soient aménagés des modes d’expression adéquats aux fantasmagories négativistes et destructives, de façon qu’elles puissent, comme dans le traitement de la psychose,ab-réagir de façon à recoller des Territoires existentiels partant à la dérive ».

Moins que jamais la nature ne peut être séparée de la culture, et il nous faut apprendre à penser transversalement, de manière intégratrice. Cette écosophie de type nouveau, à la fois pratique et spéculative, éthico-politique et esthétique, devrait, selon Guattari, remplacer les anciennes formes d’engagement religieux, politique, associatif. Les individus doivent devenir à la fois solidaires et de plus en plus différents. La reconquête d’un degré d’autonomie créatrice dans un domaine particulier appellera d’autres reconquêtes dans d’autres domaines.